Lors de la séance mensuelle de questions-réponses avec le Premier ministre à la Chambre des représentants, les groupes d’opposition ont vivement critiqué l’action du gouvernement dans le secteur de l’économie sociale et solidaire. Ils ont affirmé que ce secteur demeure « prisonnier de l’absence d’un cadre juridique complet et d’institutions dépourvues d’évaluation ou d’impact tangible », pointant du doigt l’incapacité manifeste du gouvernement à accroître sa contribution au PIB et à l’emploi, et à améliorer l’accès des femmes à l’activité économique, contrairement à son programme. Au cours de cette séance, consacrée au thème « Le rôle de l’économie sociale et solidaire dans le tissu productif et la promotion du développement social et territorial », Latifa Achrif, de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), a souligné que la mauvaise appréciation par le gouvernement du potentiel de ce secteur témoigne d’une méconnaissance des réalités économiques et sociales, conduisant à des politiques déconnectées des attentes des citoyens. Mehdi Alaoui, du même groupe parlementaire, a déploré le non-respect des engagements du gouvernement. Il a souligné que la multiplicité des acteurs, le manque de coordination, l’absence de cadre juridique et une évaluation insuffisante ont rendu le secteur inefficace, notamment dans les régions à fort potentiel et confrontées à des défis complexes, comme Drâa-Tafilalet. De son côté, Mohamed Ouzzine, du Mouvement populaire, s’est interrogé sur le sort réservé à la promesse du gouvernement d’établir l’économie sociale comme un « troisième secteur » aux côtés des secteurs public et privé. Il a affirmé qu’elle s’est en réalité cantonnée à un « Morocco à la troisième vitesse », avec une contribution dérisoire de seulement 2 à 3 % du PIB, contre l’objectif ambitieux de 8 % d’ici 2035 fixé par le nouveau modèle de développement. Il a critiqué ce qu’il a décrit comme la transformation du secteur en expositions saisonnières et en séances photos, laissant les acteurs vulnérables aux forces du marché et sans protection juridique. Rachid Hammouni, chef du parti Progrès et Socialisme, a considéré les revers du gouvernement dans ce domaine comme s’inscrivant dans un échec plus général de la mise en œuvre de son programme, malgré l’existence de directives claires, notamment les recommandations du Conseil économique, social et environnemental et le nouveau modèle de développement. Il a souligné que seulement 5 % de la population active travaille dans ce secteur et que des milliers de coopératives fonctionnent sans soutien, tandis que le taux de participation des femmes reste bien en deçà de l’objectif fixé. De son côté, Thouraya Afif, du groupe parlementaire du Parti de la justice et du développement, a mis en garde contre ce qu’elle a décrit comme la transformation du secteur en un espace de favoritisme et de manipulation électorale, où la plupart des travailleurs sont dépourvus de protection sociale. D’autres intervenants, dont Chafika Lachraf, Fatima Tamni et Nabila Mounib, ont fait valoir que le gouvernement avait présenté l’économie sociale et solidaire comme une solution miracle à la pauvreté et au chômage, sans remplir les conditions essentielles à son efficacité, notamment la justice sociale, la redistribution des richesses et la transparence. Ils ont insisté sur le fait que le bilan du gouvernement dans ce domaine est loin de répondre aux attentes des Marocains.


