Hier, Mercredi 4 Février, des éléments de l’armée algérienne ont franchi une nouvelle étape dans l’escalade des tensions à la frontière maroco-algérienne, en commençant unilatéralement à clôturer une portion de la frontière dans la zone d’Ich, dans la région de Figuig.
Cette action, qui consiste à placer des bornes en pierre blanche près de la ligne de démarcation, est qualifiée de provocatrice et soulève des questions juridiques et politiques dans un contexte régional particulièrement sensible. Selon des sources bien informées, des unités de l’armée algérienne sont arrivées dans la zone et ont commencé à installer de nouvelles bornes frontalières, alors même que la démarcation de cette frontière est régie par un traité formel signé entre les deux pays en 1972. Cette action algérienne constitue donc une violation des normes diplomatiques et des accords bilatéraux régissant la frontière. Dans son témoignage, le militant des droits de l’homme Mohamed Talha, originaire de Ksar Ich, a confirmé que les habitants se sont réveillés face à un spectacle inhabituel : deux bataillons de l’armée algérienne avaient investi leurs vergers et leurs terres agricoles. L’atmosphère était chargée d’anxiété et de peur, et ce déploiement apparaissait comme une démonstration de force aux graves implications politiques et sécuritaires. Le militant a expliqué que les soldats algériens n’avaient pas seulement placé des bornes en pierre peintes en blanc, mais qu’ils avaient également avancé vers les vergers et retiré une partie des clôtures de protection. Les habitants ont interprété cela comme une tentative d’imposer une vision unilatérale de la frontière et de considérer les terres cultivées par les Marocains depuis des décennies comme faisant partie du territoire algérien. En réponse à ces événements, des éléments des Forces armées royales se sont déployés à proximité du lieu de l’incident. Ils ont évalué la situation et rassuré les habitants, affirmant qu’il n’y avait aucun danger imminent, tout en confirmant que l’information avait été transmise aux autorités supérieures compétentes, dans le cadre d’une approche responsable et calme face à ce type de provocation. Cependant, selon la même source, les tensions ont atteint leur paroxysme lorsque l’armée algérienne a tiré des coups de feu en l’air au-dessus de la ville d’Ich jusqu’aux alentours de 19h00. Les habitants ont qualifié cette scène de « spectaculaire » et d’exhibition de force injustifiée, suscitant la peur et la stupéfaction au sein de la population. Ce fait est d’autant plus significatif que la région a toujours entretenu des liens de solidarité étroits avec les résistants algériens durant la période coloniale française. Ces événements surviennent dans un contexte régional extrêmement sensible, quelques jours seulement après la mort de trois Marocains, tués par l’armée algérienne, et l’arrestation d’un quatrième, soupçonné de trafic de drogue. Cet incident a suscité une vague d’indignation parmi les organisations de défense des droits humains, les syndicats et les milieux politiques au Maroc. À ce jour, aucune déclaration officielle n’a été publiée par les autorités algériennes ou marocaines concernant les événements survenus dans la région d’Ich. Cette absence de déclaration laisse place à de multiples interprétations et renforce les craintes d’une imposition d’un contrôle par la force dans une zone frontalière déjà en proie à l’instabilité humanitaire et sociale. Il convient de noter que le Maroc a entamé en 2014 la clôture d’une portion de sa frontière orientale, fermée depuis 1994. Ce tronçon de 110 kilomètres entre Saïdia et Jerada s’inscrit dans une démarche de souveraineté visant à lutter contre la contrebande et la criminalité transfrontalière, sans enfreindre les accords internationaux ni les droits ancestraux de la population locale. Cet incident n’est pas isolé. La région a connu des tensions similaires, notamment l’incursion des forces algériennes dans la zone d’Al-Arja, près de Figuig, en 2021. Ces forces se sont retirées par la suite, avant de revenir par l’intermédiaire d’un comité politico-militaire exigeant l’évacuation des agriculteurs marocains de leurs terres sous la menace – un précédent qui avait suscité une vive polémique. Ces développements sur le terrain coïncident avec une impasse sans précédent dans les relations maroco-algériennes depuis la rupture des relations diplomatiques et la fermeture de l’espace aérien marocain par l’Algérie. La frontière terrestre est restée fermée depuis 1994, reflétant un glissement des tensions du niveau politique et diplomatique vers des actions dangereuses sur le terrain, qui menacent d’entraîner des répercussions préjudiciables à la stabilité de la région et aux intérêts de sa population.


