Rabat et Paris s’apprêtent à entamer une nouvelle phase de leurs relations bilatérales, fondée sur une restructuration institutionnelle et un équilibre politique. Cet objectif sera atteint grâce aux préparatifs de la visite d’État du roi Mohammed VI en France, accompagnée de l’élaboration d’un nouveau traité bilatéral visant à établir un cadre juridique moderne qui redéfinisse les priorités de la coopération entre les deux pays. Selon les informations publiées par le quotidien français Le Monde, cette visite devrait avoir lieu cet automne. Elle revêt une importance politique considérable puisqu’il s’agira de la première visite d’État du roi en France depuis 2012, témoignant d’un changement qualitatif dans les relations après des années de tensions et de froideur diplomatique.
Cette dynamique ne se limite pas au protocole, mais s’étend à la préparation d’un nouveau traité bilatéral, supervisée par un comité mixte composé de personnalités éminentes des deux pays. Ceci illustre une volonté politique claire de refonder la relation sur des bases plus solides et durables. Hubert Védrine pilote cette initiative côté français, tandis que Chakib Benmoussa coordonne le volet marocain. Cet organe, connu sous le nom de « Comité des Sages », réunit des personnalités politiques et intellectuelles de premier plan, telles que Florence Parly et Leila Slimani, reflétant une diversité d’approches, tant politiques que culturelles, quant à l’avenir du partenariat bilatéral. Le comité a tenu sa première réunion à Rabat en mars dernier, avec le soutien institutionnel du Palais de l’Élysée et du ministère français des Affaires étrangères. Un avant-projet de traité devrait être présenté en mai, avant la visite prévue des dirigeants des deux pays. Tout porte à croire que le traité couvrira de multiples domaines stratégiques, dont l’économie, la diplomatie, la coopération culturelle et universitaire, ainsi que des questions sensibles comme les migrations et les enjeux de la société civile. Ceci témoigne d’une volonté de construire un partenariat global qui dépasse les formes traditionnelles de coopération. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de ce qu’Emmanuel Macron a décrit comme un « nouveau cadre stratégique », visant à repositionner le Maroc comme un partenaire clé de la France hors de l’Union européenne, dans un contexte de mutations géopolitiques rapides et de concurrence accrue pour l’influence en Afrique du Nord et au Sahel. Ce changement est particulièrement significatif au regard de l’histoire des relations bilatérales, marquées par une période de tensions de plus de trois ans, caractérisée par un déclin de la coordination politique. Cependant, l’année 2023 a marqué un tournant avec la reprise du dialogue, suite à des efforts diplomatiques « minutieux » déployés pour rétablir la confiance, notamment après le soutien apporté par la France à la souveraineté marocaine sur le Sahara.

Dans ce contexte, la visite d’État à venir revêt une double dimension, symbolique et politique. Elle renoue avec une tradition diplomatique de haut niveau et marque simultanément le début d’une nouvelle phase dans les relations, fondée sur une redéfinition des intérêts communs selon une logique d’équilibre et de clarté. La question du Sahara occidental est également l’un des facteurs majeurs qui ont remodelé les relations entre les deux pays. L’évolution de la position française a été un facteur déterminant du rétablissement de la confiance et un élément crucial pour comprendre la transformation en cours du partenariat. Tous ces indicateurs suggèrent que Rabat et Paris passent d’une logique de gestion de crise à une logique de construction d’un partenariat stratégique égalitaire, dans un contexte international délicat où les grandes puissances redéfinissent leurs alliances. De ce fait, le traité envisagé, s’il est adopté, constituera l’un des cadres de référence les plus importants pour les relations franco-marocaines au cours de la prochaine décennie.


