*Par Hamoud Ghailani — Le 11 avril 2026
Un vent de changement souffle sur les sables du Sahara occidental. Les récentes déclarations de Mohamed Yeslen Beisat, ministre des Affaires étrangères du Polisario, marquent une rupture symbolique majeure dans un conflit vieux de cinq décennies. Pour la première fois, l’organisation entrouvre la porte à l’option d’autonomie, un virage qui semble dicté par un isolement diplomatique croissant et une pression internationale sans précédent.
Une ouverture tactique sous haute tension
Dans un entretien accordé au journal espagnol El Independiente le 10 avril 2026, Beisat a jeté un pavé dans la mare diplomatique : « l’autonomie peut être discutée et acceptée ». Si la formulation reste prudente — précisant qu’elle ne doit jamais devenir une « solution unique et obligatoire » — le changement de ton est historique.
En choisissant ce média proche des cercles de pouvoir à Madrid, le Polisario tente manifestement de s’adresser à une Europe qui a largement basculé en faveur de l’initiative marocaine. Ce n’est plus un choix doctrinal mûrement réfléchi, mais une manœuvre de survie politique face à une réalité de terrain et une dynamique diplomatique qui lui échappent désormais.
L’étau des grandes puissances
Ce glissement sémantique ne sort pas du néant. Il s’inscrit dans la foulée de la Résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui exhorte les parties à privilégier une solution « pragmatique », « réaliste » et fondée sur le « compromis ».
L’alignement des grandes puissances a fini de cimenter ce nouveau paradigme :
- États-Unis : Maintien de la reconnaissance de la souveraineté marocaine, doublée d’une médiation active.
- Europe (Espagne, France, Allemagne) : Soutien explicite au plan d’autonomie comme seule base crédible.
- ONU : Abandon progressif des schémas référendaires classiques au profit de la négociation politique.
Le MSP : Les architectes de la « troisième voie »
Dans ce jeu d’échecs, le Mouvement Sahraoui pour la Paix (MSP) émerge comme le grand gagnant idéologique. Mené par Hach Ahmed Baricalla, le mouvement prône depuis sa création une approche pragmatique, loin des postures belliqueuses.
Là où le Polisario semble agir par dépit, le MSP s’impose par sa cohérence. Sa crédibilité grandissante auprès des institutions internationales en fait aujourd’hui l’acteur capable de transformer cette ouverture forcée en un véritable processus de paix. En structurant cette « troisième voie », le MSP offre une issue honorable qui respecte à la fois les aspirations des populations et les équilibres régionaux.
Le Polisario est à la croisée des chemins. Si l’ambiguïté de ses propos trahit une peur de la fracture interne, la porte est désormais entrouverte. Le conflit du Sahara entre dans une ère de compromis obligé, où le réalisme politique semble enfin l’emporter sur les dogmes du passé.
* Analyste géopolitique spécialiste du Sahara


