Par Hamoud Ghaillani
Analyste Géopolitique
Avril revient, et avec lui ce rendez-vous devenu presque mécanique du Conseil de sécurité des Nations unies autour du Sahara occidental. Une fois encore, les diplomates vont débattre, renouveler le mandat de la MINURSO et appeler à une « solution politique réaliste, pragmatique et durable ». Une fois encore, les mêmes mots, les mêmes espoirs prudents, et probablement les mêmes résultats limités.
Car il faut avoir le courage de le dire : le processus politique tel qu’il est conduit depuis des années est à bout de souffle.
Le piège du statu quo
À force de rechercher un consensus minimal, la communauté internationale a fini par institutionnaliser l’immobilisme. Le Sahara occidental est devenu un dossier que l’on gère plus qu’un conflit que l’on résout.
Cette logique du statu quo, si elle a permis d’éviter une escalade majeure, a aussi enfermé les parties dans un face-à-face stérile, où chaque position se durcit à mesure que le temps passe. Un monde qui change, un processus figé
Pendant que le monde évolue à grande vitesse, le cadre de traitement du Sahara occidental, lui, reste figé dans des schémas hérités d’un autre temps.
Aujourd’hui, les priorités ont changé : stabilité régionale, développement économique, sécurité collective. Les solutions purement théoriques ne résistent plus à l’épreuve des réalités géopolitiques.
C’est dans ce décalage que réside l’un des nœuds du problème.
Une voix sahraouie pour une nouvelle approche
Dans ce paysage verrouillé, des voix sahraouies commencent à porter une autre vision. Le Mouvement Sahraoui pour la Paix incarne cette volonté de dépasser les logiques d’affrontement pour ouvrir un nouvel horizon politique.
Sa démarche repose sur une idée simple mais exigeante : aucune solution durable ne peut émerger sans compromis.
Cela implique d’accepter une réalité souvent éludée :
ni la victoire totale, ni le statu quo indéfini ne constituent des issues viables.
Le réalisme comme condition de la paix
Le réalisme n’est pas un renoncement. Il est, au contraire, une condition de l’efficacité politique.
Plaider pour une solution négociée, pragmatique et mutuellement acceptable, ce n’est pas abandonner des principes, mais chercher à les traduire dans une réalité concrète, capable d’améliorer la vie des populations.
Car au-delà des discours diplomatiques, ce sont des générations entières qui continuent d’attendre une issue.
L’ONU face à ses limites
L’envoyé personnel du Secrétaire général, Staffan de Mistura, s’efforce de maintenir un fil de dialogue. Mais il ne peut, à lui seul, créer la volonté politique là où elle fait défaut.
L’ONU peut faciliter, accompagner, encourager. Elle ne peut imposer une solution sans un engagement réel des parties.
Avril, ou l’illusion du moment décisif
Chaque mois d’avril est présenté comme une échéance décisive. En réalité, il n’est qu’un révélateur.
Un révélateur des blocages persistants.
Un révélateur des limites du cadre actuel.
Mais aussi, potentiellement, un révélateur d’une prise de conscience : celle de la nécessité de changer d’approche.
Oser une troisième voie
Le temps est venu de sortir des alternatives rigides. Entre immobilisme et confrontation, une troisième voie est possible : celle du compromis politique, du réalisme et de la responsabilité.
C’est dans cet espace que se joue aujourd’hui l’avenir du Sahara occidental.
Non pas dans la répétition des positions du passé, mais dans la capacité des acteurs à imaginer une solution qui, sans être parfaite, soit enfin possible.


