Par : Hamoud Ghaillani
La guerre du Golfe de 1991 n’a pas été un simple épisode militaire, mais le point de départ d’un nouvel ordre international qui a redéfini les notions de légitimité, de souveraineté et d’équilibre des puissances. Pourtant, cet ordre, présenté comme plus juste, a rapidement révélé son caractère sélectif : certains conflits ont été résolus avec célérité, tandis que d’autres, comme celui du Sahara occidental, sont restés enfermés dans une impasse chronique.
Aujourd’hui, plus de trois décennies plus tard, nous assistons à des mutations encore plus préoccupantes, avec la montée des tensions entre l’Iran d’un côté, et les États-Unis et Israël de l’autre. Cette confrontation, qu’elle soit directe ou indirecte à travers des conflits par procuration, ne se contente pas de redessiner le Moyen-Orient ; elle reconfigure en profondeur les priorités internationales.
Dans ce contexte tendu, les causes qui ne représentent pas une menace immédiate pour la sécurité mondiale — comme le Sahara— risquent d’être davantage marginalisées. Un monde absorbé par les risques d’escalade militaire dans le Golfe et au Moyen-Orient accorde de moins en moins d’attention aux conflits prolongés de basse intensité, quelle que soit leur légitimité.
Mais paradoxalement, cette évolution peut aussi ouvrir une fenêtre d’opportunité. De la même manière que la guerre du Golfe a bouleversé les équilibres et ouvert de nouvelles perspectives politiques, les tensions actuelles pourraient inciter les grandes puissances à rechercher des apaisements dans d’autres régions afin d’éviter une multiplication des foyers de crise. Dans cette optique, le Sahara occidental peut passer du statut de dossier diplomatique encombrant à celui d’opportunité pour un règlement politique réaliste.
Dans ce cadre, les nouvelles initiatives, telles que la Mouvement des Sahraouis pour la paix, acquièrent une importance stratégique croissante. Ce mouvement ne se limite pas à proposer un discours alternatif ; il porte une vision en phase avec les exigences du moment : s’éloigner des solutions maximalistes et privilégier des compromis politiques progressifs, garants de stabilité et de dignité pour toutes les parties.
Le monde d’aujourd’hui ne recherche plus des solutions idéales, mais des solutions applicables. Face aux risques croissants de conflits régionaux majeurs, il devient impératif de réduire les crises prolongées plutôt que de les laisser en latence, prêtes à s’embraser à tout moment.
Dans cette perspective, on peut esquisser une « feuille de route réaliste » pour le règlement du conflit du Sahara occidental, articulée autour de trois axes principaux :
Premièrement, relancer un processus politique crédible sous l’égide des Nations Unies, mais avec des mécanismes renouvelés dépassant les approches traditionnelles ayant montré leurs limites.
Deuxièmement, soutenir les initiatives sahraouies alternatives qui reflètent la diversité des opinions au sein de la société sahraouie, notamment le Mouvement des Sahraouis pour la paix, afin de favoriser une représentation plus pluraliste et pragmatique.
Troisièmement, inscrire la solution dans une approche régionale élargie, reliant la stabilité en Afrique du Nord à la sécurité du Sahel, en cohérence avec les intérêts stratégiques des puissances internationales dans le contexte actuel.
Ignorer durablement ce conflit n’est plus une option confortable. Dans un monde marqué par une polarisation croissante et des tensions ouvertes, le traitement des « conflits oubliés » devient une nécessité stratégique autant qu’un impératif moral.
Le Sahara occidental, dans cette dynamique, n’est pas seulement une question de décolonisation inachevée, mais un test de la capacité du système international à s’adapter à un monde en mutation rapide. Si les grandes guerres redessinent les cartes, seule une paix intelligente peut les stabiliser.


