Le Mouvement pour l’autodétermination en Kabylie (MAK) et le gouvernement kabyle en exil (ANAFAD) ont annoncé ce dimanche, depuis Paris, ce qu’ils ont qualifié d’« indépendance officielle de la République fédérale de Kabylie ».
Cette initiative sans précédent replace la question des minorités et des groupes marginalisés au sein de l’État algérien au premier plan et soulève de sérieuses interrogations quant à la cohésion de l’entité politique algérienne, déjà fragilisée par des crises internes croissantes. L’annonce a été faite lors d’une réunion rassemblant les principales figures du mouvement et du gouvernement en exil, ainsi que des délégations étrangères. Elle a bénéficié d’une importante couverture médiatique internationale, conférant à l’événement une dimension symbolique et politique qui dépasse le cadre de la lutte locale et lui confère une dimension internationale. Un communiqué publié par la soi-disant « République fédérale de Kabylie » indique que son président, Ferhat Mehenni, a proclamé l’indépendance « publiquement et officiellement », considérant cette décision comme « un tournant décisif dans l’histoire contemporaine du peuple kabyle » et marquant l’évolution du projet, passant de revendications politiques à la déclaration d’une entité souveraine. Cette déclaration s’appuie sur un précédent juridique international. Le communiqué explique que le choix du 14 décembre n’est pas arbitraire, mais fait directement référence à la résolution 1514 de l’Assemblée générale des Nations Unies, adoptée le 14 décembre 1960, relative à l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux. Cette résolution est considérée comme l’un des textes fondateurs du principe d’autodétermination en droit international.
Dans ce contexte, le mouvement perçoit la déclaration d’indépendance comme une rupture définitive avec ce qu’il qualifie de plus d’un siècle et demi d’« asservissement forcé sans le consentement du peuple kabyle », et comme une affirmation de son existence en tant que nation souveraine aspirant à construire un État fondé sur la démocratie, la décentralisation et le respect des libertés fondamentales. Cette déclaration intervient dans un contexte national marqué par des tensions chroniques entre le gouvernement central et la région kabyle, tensions qui se sont intensifiées ces dernières années en raison de la politique sécuritaire, de la criminalisation du mouvement séparatiste et de sa désignation comme organisation terroriste. Ces tensions ont conduit ses dirigeants à délocaliser leurs activités à l’étranger, notamment en France. Malgré la portée symbolique et politique de la déclaration, sa concrétisation sur le terrain reste tributaire de l’équilibre des pouvoirs internationaux, de la position des États influents et de la volonté de la communauté internationale de dialoguer avec une entité ayant fait une déclaration unilatérale, compte tenu de l’engagement de principe des Nations Unies en faveur de l’unité de ses États membres. Toutefois, cet événement constitue un développement significatif, plaçant l’Algérie face à un paradoxe politique majeur : un État qui défend le principe d’« autodétermination » sur la scène internationale, notamment concernant le Sahara occidental, tout en faisant face à un mouvement séparatiste interne qui s’appuie sur les cadres juridiques mêmes qu’il utilise sur le plan diplomatique. Entre symbolisme politique et considérations pragmatiques, la proclamation de la « République fédérale de Kabylie » ouvre un nouveau chapitre dans le débat sur les frontières de l’État-nation en Algérie, l’avenir des identités plurielles et le prix du déni des crises internes à l’heure où les bouleversements géopolitiques s’accélèrent.


