Le projet de loi n° 06.25, relatif à la réorganisation du Conseil national de la presse, a suscité des tensions sans précédent. Le refus de la majorité gouvernementale d’introduire le moindre amendement a provoqué un vaste mouvement de protestation au sein de la communauté journalistique. Les syndicats et organisations professionnelles du secteur de la presse et de l’édition ont annoncé une intensification des manifestations à l’échelle nationale et menacé de saisir les instances internationales et continentales. Les cinq instances représentant le secteur, à savoir les syndicats professionnels et les organisations d’éditeurs, ont exprimé leur « étonnement et leur surprise » face au vote de la majorité gouvernementale, au sein de la Commission de l’éducation, de la culture et des affaires sociales de la Chambre des conseillers, contre tous les amendements proposés par l’opposition. Elles considèrent cette position comme une atteinte grave au principe d’autorégulation et d’indépendance. Au-delà des aspects procéduraux de la législation, ces instances estiment que l’adoption du projet de loi dans sa forme actuelle révèle non seulement une faille dans la méthodologie législative, mais aussi une volonté politique de restructurer le paysage médiatique pour asseoir son contrôle et sa domination. Cet objectif est atteint par la restriction des mécanismes électoraux, l’affaiblissement de la représentation syndicale et la redistribution des pouvoirs au sein du Conseil national de la presse. Ces instances vont plus loin, considérant l’obstination du ministre de la Communication à rejeter tout amendement au texte approuvé en première lecture par la Chambre des représentants comme un « acte de mépris » envers l’institution législative dans ses deux chambres et un mépris flagrant des avis consultatifs émis par deux organes constitutionnels : le Conseil économique, social et environnemental et le Conseil national des droits de l’homme, qui ont tous deux exprimé des préoccupations substantielles concernant le projet de loi. À l’inverse, la majorité gouvernementale perçoit cette loi comme faisant partie d’une réforme globale du système de la presse et de l’édition. Cependant, cette justification n’a pas convaincu les professionnels des médias, qui estiment que le texte actuel s’écarte de la philosophie du Code de la presse et de l’édition et vide le concept d’autorégulation de sa dimension démocratique. Ils affirment que le projet de loi y parvient en consacrant des modèles d’élection et de nomination qui affaiblissent l’indépendance du Conseil et le transforment de fait en un organe déséquilibré entre journalistes et éditeurs. Face à cette escalade, les organisations professionnelles et syndicales ont déclaré leur intention de mener la lutte « par tous les moyens légitimes », notamment par des manifestations et un plaidoyer institutionnel aux niveaux national et international, en large coordination avec les organisations de défense des droits humains, les groupes de la société civile, les partis politiques et les fédérations syndicales partenaires. Cette évolution révèle que le projet de loi sur le Conseil de la presse n’est plus un simple texte législatif technique, mais qu’il est devenu l’enjeu d’un conflit plus large concernant l’avenir de la liberté de la presse au Maroc et les limites de l’intervention du pouvoir exécutif dans la régulation d’une profession qui devrait reposer, par essence, sur l’indépendance et l’autonomie, et non sur la tutelle et le contrôle.


