Dans un contexte de débats croissants sur les répercussions des nouvelles mesures douanières et fiscales, le maire de Laâyoune, Hamdi Ould Errachid, a reçu une délégation de commerçantes. La réunion a porté sur les défis auxquels est confronté le secteur commercial de la région, notamment le commerce des vêtements traditionnels sahraouis (melhfa et djellaba), une activité économique et culturelle profondément ancrée dans la société sahraouie. Cette rencontre intervient à un moment délicat, marqué par la convergence de réformes fiscales, la baisse du pouvoir d’achat et la hausse du coût de la vie. Elle enrichit le débat, dépassant le simple cadre professionnel pour aborder des questions plus larges relatives à l’équilibre entre les politiques fiscales et la pérennité des activités locales, en tenant compte des spécificités régionales. Lors de la réunion, les commerçantes ont exposé plusieurs difficultés liées à la mise en œuvre des nouvelles mesures fiscales. Elles ont fait valoir que celles-ci ne tiennent pas compte de la nature de l’activité commerciale à Laâyoune, ni des spécificités des circuits de distribution et de commercialisation de la région. Les intervenantes ont souligné que la forte hausse des taxes sur les vêtements traditionnels sahraouis a impacté négativement les ventes et réduit les marges bénéficiaires, dans un contexte économique marqué par l’inflation et la baisse de la demande. Le commerce des melhfas (vêtements traditionnels sahraouis) et des darra’a (robes traditionnelles sahraouies) constitue une source de revenus directe pour des dizaines de familles. Toute perturbation de leur stabilité financière a donc des répercussions sociales concrètes, notamment pour les femmes qui représentent le pilier de ce secteur. La discussion ne s’est pas limitée à l’aspect purement économique, mais a également abordé la dimension culturelle. Il a été noté que la taxation de cette activité pourrait menacer la pérennité du vêtement sahraoui en tant que symbole des identités hassani et bidhan. Le commerce dans ce secteur est indissociable d’une fonction culturelle et sociale qui contribue à la préservation des traditions ancestrales et fait partie intégrante du patrimoine immatériel de la région. Dans ce contexte, des commerçantes ont fait part de leurs inquiétudes quant aux difficultés liées au poste frontière de Guerguerat, élément crucial pour la fluidité des échanges et la stabilité des prix. Elles ont exprimé leur crainte d’un éventuel durcissement ou d’une perturbation des procédures existantes, compte tenu des répercussions directes que cela aurait sur la fluidité des échanges, les coûts d’approvisionnement et la continuité des activités d’importation et de distribution. Ce poste frontière revêt une importance stratégique qui dépasse le cadre local, constituant un maillon essentiel du commerce entre le Maroc et son arrière-pays africain. Sa stabilité est donc un facteur déterminant pour l’équilibre des marchés dans les régions du Sud. Pour sa part, M. Hamdi Ould Errachid, président de la municipalité de Laâyoune, a réaffirmé son engagement à transmettre ces préoccupations aux autorités compétentes. Il a souligné la nécessité d’une approche participative dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques fiscales, une approche qui tienne compte des spécificités de la région et de la nature de ses activités économiques. Il a plaidé pour un équilibre entre l’obligation de payer des impôts et la pérennité des petites et moyennes entreprises (PME), contribuant ainsi à la stabilité sociale et à la préservation de l’identité culturelle de la région. Cette réunion illustre l’ampleur du défi que représentent les politiques publiques dans les régions du Sud, où il est indispensable d’adapter les instruments fiscaux aux réalités économiques et sociales locales. Elle met également en lumière la nécessité d’intégrer les acteurs professionnels, notamment les femmes, à l’élaboration de solutions réalistes garantissant une équité fiscale, stimulant l’activité économique et préservant le patrimoine culturel qui caractérise le Sahara marocain.


