Depuis près d’un demi-siècle, le conflit du Sahara est enfermé dans un face-à-face stérile. D’un côté, la logique du fait accompli et de la supériorité militaire. De l’autre, une posture de rupture permanente, sans perspective politique réaliste. Entre ces marginalisée s’affirme aujourd’hui avec constance : celle du Mouvement Sahraoui pour la Paix (MSP), qui incarne une troisième voie, sahraouie, médiane et résolument pacifique.
Le MSP part d’un constat simple mais essentiel : aucune solution durable ne peut émerger de l’exclusion, de la représentation unique ou de la guerre sans horizon. Le peuple sahraoui est pluraliste, et sa diversité politique doit être reconnue comme une richesse, non comme une menace. C’est sur cette base que le MSP défend une solution politique négociée, sous l’égide des Nations unies, fondée sur le compromis et la responsabilité.
Cette approche rejoint, sur un point fondamental, l’initiative d’autonomie proposée par le Royaume du Maroc : le refus de l’indépendance comme unique issue et la recherche d’une solution politique interne, garantissant aux Sahraouis la gestion démocratique de leurs affaires, dans un cadre stabilisateur pour la région. Là où les deux propositions convergent, c’est dans la conviction que l’avenir du Sahara passe par une autonomie réelle, avec des institutions élues, des compétences effectives et des garanties internationales, plutôt que par une confrontation interminable.
Une fenêtre diplomatique fragile
La reprise des hostilités en 2020 a mis fin à l’illusion d’un conflit figé. Certes, la confrontation militaire reste contenue, mais elle repose sur un équilibre précaire. Dans les camps de réfugiés, la frustration s’accumule, notamment parmi les jeunes générations, privées de toute perspective politique crédible. Plus l’attente se prolonge, plus le risque de radicalisation s’accroît.
La récente position américaine, soutenant l’option de l’autonomie tout en appelant à une solution négociée, a rouvert une fenêtre diplomatique. L’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Staffan de Mistura, a tenté d’en tirer parti en évoquant une autonomie « authentique », assortie de garanties permettant aux Sahraouis de s’exprimer réellement sur leur avenir.
Mais cette dynamique reste menacée par des options extrêmes : la remise en cause de la Minurso ou la criminalisation du Front Polisario. Ces raccourcis, présentés comme des preuves de fermeté, constituent en réalité des facteurs de déstabilisation majeurs. La Minurso, malgré ses limites, demeure le dernier mécanisme de prévention d’une escalade régionale. Quant à l’exclusion politique du Polisario, elle renforcerait les courants les plus radicaux et fermerait toute perspective de médiation.
Le rôle d’une voie sahraouie indépendante
C’est précisément dans cet espace que s’inscrit le MSP. En rompant avec la logique de représentation exclusive, il affirme une réalité souvent occultée : les Sahraouis ne sont pas condamnés à choisir entre la soumission et la guerre. Ils peuvent être des acteurs autonomes d’une solution politique négociée.
La proposition du MSP insiste sur des éléments concrets : autonomie réelle, participation directe des Sahraouis à la gouvernance, respect des droits humains, garanties internationales et intégration régionale. Cette vision ne nie pas le principe de l’autodétermination ; elle le réinterprète dans une logique réaliste, compatible avec la stabilité du Maghreb et du Sahel.
Un choix de responsabilité
Toute solution durable passe par un retour sincère au cadre onusien. Les États-Unis ont un rôle clé à jouer pour soutenir pleinement la médiation de l’ONU et dissuader toute initiative unilatérale. L’Europe, trop souvent paralysée par ses divisions, doit assumer sa responsabilité politique et soutenir une solution inclusive et pragmatique.
Le conflit du Sahara est arrivé à un moment de vérité. La troisième voie portée par le Mouvement Sahraoui pour la Paix ne prétend pas effacer les divergences, mais elle offre une issue crédible là où le statu quo a échoué. Elle repose sur un principe simple : la paix ne se construit ni contre les Sahraouis, ni sans eux, mais avec eux, dans toute leur diversité.
Hamoud Ghaillani


