Les récentes déclarations de Massad Boulos, conseiller principal de Donald Trump, ne relèvent ni de la diplomatie de circonstance ni d’un simple commentaire conjoncturel. Elles traduisent une évolution profonde et désormais assumée de la position internationale sur le conflit du Sahara occidental : celle du réalisme politique, fondé sur la stabilité régionale, la responsabilité des acteurs et la recherche d’une solution praticable.
En soulignant que la dynamique actuelle est le fruit du « partenariat profond et de la coopération continue » entre Washington et Rabat, Boulos ne fait que confirmer une tendance lourde : la question du Sahara n’est plus abordée à travers des slogans idéologiques hérités de la guerre froide, mais sous l’angle de la résolution concrète d’un conflit prolongé, coûteux humainement et bloquant l’intégration maghrébine.
La résolution 2797 : un tournant assumé
L’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, en octobre dernier, marque à cet égard un moment clé. En prolongeant le mandat de la MINURSO tout en reconnaissant le plan d’autonomie marocain comme une option « sérieuse et crédible », le Conseil de sécurité entérine une réalité politique : le référendum n’est plus une option viable, et la sortie de crise passe par une solution politique négociée.
Fait significatif, la résolution appelle explicitement toutes les parties concernées, y compris l’Algérie, à assumer leurs responsabilités et à s’engager de bonne foi dans le processus onusien mené par l’envoyé personnel du Secrétaire général, Staffan de Mistura. Ce rappel n’est pas anodin : il consacre la fin d’une fiction diplomatique selon laquelle Alger serait un simple « observateur ».
L’impasse du discours algérien
Pourtant, malgré cette clarification internationale, le régime algérien persiste dans une posture de déni. Refusant de participer aux tables rondes, rejetant toute responsabilité directe et continuant de brandir le mantra du référendum, Alger s’enferme dans un discours dépassé, en décalage total avec les équilibres actuels.
La contradiction est d’autant plus flagrante que, selon Massad Boulos lui-même, les autorités algériennes auraient exprimé à plusieurs reprises leur volonté d’améliorer les relations avec le Maroc. Des propos ensuite démentis officiellement par Alger, illustrant une diplomatie hésitante, tiraillée entre discours interne et réalités internationales.
Ni statu quo, ni affrontement : l’émergence d’une troisième voie sahraouie
Mais réduire le débat à une confrontation binaire entre le plan marocain et la position algéro-polisarienne serait une erreur. Une troisième voie existe, portée par des Sahraouis eux-mêmes : celle du Mouvement sahraoui pour la paix (MSP).
Le MSP propose une approche profondément novatrice et réaliste, fondée sur trois piliers essentiels :
La reconnaissance de l’impasse historique
Après près de cinquante ans de conflit, le MSP acte ce que beaucoup taisent encore : ni l’indépendance imposée, ni la guerre larvée, ni le statu quo des camps ne constituent des solutions. La prolongation du conflit ne fait que perpétuer la souffrance des populations sahraouies, notamment dans les camps de Tindouf.
Une solution politique sahraouie, inclusive et négociée
Contrairement à une représentation figée du « peuple sahraoui », le MSP affirme la pluralité des voix sahraouies. Il défend une solution politique négociée, garantissant une large autonomie, des droits politiques réels, la gestion locale des ressources et la dignité des populations, dans un cadre stabilisateur.
La paix régionale comme priorité stratégique
Le MSP inscrit la résolution du conflit dans une vision plus large : celle de la stabilité du Maghreb, de la lutte contre les menaces sécuritaires transnationales et du développement économique partagé. Là où la confrontation nourrit les blocages, le compromis ouvre des perspectives.
Le moment de vérité
Les propos de Massad Boulos, qu’ils concernent le Sahara ou les relations algéro-américaines, traduisent une conviction claire à Washington : la paix passe par le pragmatisme, non par l’idéologie. La communauté internationale ne cherche plus à arbitrer un récit, mais à accompagner une solution viable.
Dans ce contexte, la proposition portée par le Mouvement sahraoui pour la paix mérite une attention sérieuse. Elle incarne une parole sahraouie responsable, affranchie des logiques de tutelle, et alignée sur les exigences du droit international tel qu’interprété aujourd’hui par le Conseil de sécurité.
Après un demi-siècle d’impasse, le temps n’est plus aux postures, mais aux choix courageux. Le réalisme avance. Reste à savoir qui choisira de l’accompagner — et qui restera prisonnier du passé.
Hamoud Ghaillani


