L’émission « Extra Investigation », diffusée jeudi soir sur France 2, a mis en lumière l’une des crises les plus profondes qu’aient connues les relations franco-algériennes depuis des années. Elle a révélé, preuves et témoignages à l’appui, que la décision de Paris de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara n’était pas un acte politique impulsif, mais bien le fruit d’une réflexion approfondie. Ce constat contraste avec l’incapacité de l’Algérie à comprendre les évolutions de la situation et à saisir le nouvel équilibre des pouvoirs. Le reportage, s’appuyant sur les témoignages d’anciens responsables et diplomates des deux pays, a souligné que la lettre du président français Emmanuel Macron au roi Mohammed VI, datée du 30 juillet 2014, dans laquelle il affirmait sans équivoque le soutien de la France à la souveraineté du Maroc sur ses provinces méridionales, a marqué un tournant dans les relations avec l’Algérie. Ce n’était pas la décision elle-même qui posait problème, mais plutôt l’insistance du régime algérien à privilégier les ultimatums et les pressions plutôt que la diplomatie. Dans ce contexte, l’émission citait Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris, qui affirmait que la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara marquait une « véritable rupture » dans les relations entre Macron et le président algérien Abdelmadjid Tebboune. Ceci souligne l’importance que l’Algérie accordait à empêcher ce changement, malgré l’absence de moyens concrets pour y parvenir. L’émission révélait également qu’un avocat ayant représenté le Front Polisario devant la Cour de justice de l’Union européenne citait le directeur de campagne d’Abdelmadjid Tebboune en France, selon lequel le président algérien avait lancé un avertissement direct à Macron lors de leur rencontre en marge du sommet du G20 en Italie en juin 2024 : « Si vous faites cela, c’est fini entre nous.» Toutefois, cette approche, empreinte de paternalisme et de pression, s’est heurtée à une décision souveraine française, comme l’a confirmé l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Ramtet. Ce dernier a souligné que la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara avait été envisagée « depuis plusieurs semaines » et prise « en pleine conscience et responsabilité », avec une parfaite compréhension de ses répercussions sur les relations avec Rabat et Alger. L’enquête a également révélé que Paris n’avait pas dissimulé sa nouvelle orientation, mais avait au contraire envoyé progressivement des signaux politiques et économiques avant l’annonce officielle. Le 26 février 2024, lors de sa première visite au Maroc, l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, a salué les projets de développement dans les provinces du Sud, réaffirmant l’engagement de son pays à soutenir les efforts marocains – une position qui n’était ni isolée ni une simple formalité. Cependant, comme l’a mis en lumière l’enquête, l’Algérie a choisi d’ignorer ces signaux, et certains de ses médias ont même tenté d’en minimiser l’importance – une interprétation qui s’est avérée par la suite déconnectée de la réalité diplomatique et des évolutions en cours au sein des cercles décisionnels français. Cette trajectoire s’est renforcée en avril 2024 lorsque Paris a annoncé son engagement à financer un projet de câble électrique stratégique de 3 gigawatts reliant Casablanca à Dakhla. Cette annonce a été perçue comme une reconnaissance de la souveraineté économique du Maroc sur son Sahara et comme un message clair indiquant que le partenariat franco-marocain entrait dans une nouvelle phase, fondée sur des intérêts communs et une stabilité à long terme. Paradoxalement, le programme a révélé que l’Algérie cherche désormais à rétablir ses relations avec Paris, tout en s’efforçant d’éviter de faire de la question du Sahara occidental un point de discorde – un aveu indirect de l’échec de sa politique de rupture. Ceci est manifeste, d’après les données présentées, dans les concessions faites par l’Algérie le 11 janvier concernant le rapatriement de ses citoyens expulsés du territoire français, ainsi que dans la suppression de clauses sensibles du projet de loi criminalisant le colonialisme, clauses qui auraient tendu les relations avec Paris. Le rapport conclut que ces initiatives témoignent d’une prise de conscience tardive, de la part du régime algérien, de la difficulté de maintenir une confrontation ouverte avec la France, compte tenu des bouleversements géopolitiques internationaux, de la stabilité de la position française soutenant la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental et du partenariat stratégique croissant avec Rabat, devenu un acteur régional fiable. En ce sens, l’enquête française ne se contente pas de diagnostiquer une crise passagère, mais met le doigt sur le cœur du problème : une diplomatie marocaine calme, progressive et efficace, contrastant avec une rhétorique algérienne belliqueuse qui ne trouve plus d’écho dans les capitales.


