Lu Dans le quotidien « L’Opinion »
La Policía Nacional a découvert, dans la zone industrielle du Tarajal à Sebta, un passage souterrain susceptible d’avoir servi au transit de cannabis vers l’Espagne et l’Europe. Cette découverte intervient dans le cadre d’une vaste opération antidrogue ayant conduit à l’interpellation de quinze suspects, dont deux membres des forces de sécurité espagnoles, révélant l’ampleur et la sophistication des réseaux criminels actifs dans le détroit de Gibraltar.
Des agents de la Policía Nacional devant l’entrepôt du polygone industriel d’El Tarajal inspecté. (Antonio Sempere)
Une nouvelle pièce vient s’ajouter au puzzle du narcotrafic dans le détroit de Gibraltar. La Policía Nacional a découvert, à Sebta, un passage souterrain dissimulé dans une zone industrielle stratégique, à proximité immédiate de la frontière avec le Maroc. Cette infrastructure pourrait avoir servi à l’acheminement de résine de cannabis vers l’Espagne et, au-delà, vers d’autres marchés européens.
Le tunnel a été localisé dans un entrepôt du polygone d’El Tarajal, une zone logistique directement adossée au périmètre frontalier. Selon les premières constatations, la galerie — encore en cours d’inspection — présenterait une structure assimilable à une canalisation enterrée, conçue pour permettre le transit discret de marchandises sous la barrière frontalière.
Si aucune connexion formelle avec le territoire marocain n’a été confirmée à ce stade, les enquêteurs explorent activement l’hypothèse d’un prolongement vers une habitation située de l’autre côté de la frontière. Une telle configuration, si elle était avérée, soulignerait un niveau de sophistication inédit dans les méthodes employées par les réseaux criminels opérant dans la région.
Une opération d’envergure contre un réseau structuré
La découverte s’inscrit dans le cadre d’une vaste opération policière mobilisant plus de 250 agents en Espagne, notamment en Andalousie, en Galice et à Sebta. Selon les autorités, cette intervention a permis le démantèlement d’une organisation criminelle structurée, spécialisée dans l’importation de haschisch en provenance du Maroc.
Le bilan provisoire fait état de 15 interpellations et de 29 perquisitions, avec la saisie de près de 1,5 million d’euros et de dizaines d’équipements de communication. L’enquête, ouverte depuis plus d’un an, avait déjà permis l’interception de 15 tonnes de résine de cannabis dans la région d’Almería, point de départ d’un travail de traçage ayant conduit jusqu’aux têtes de réseau.
Les investigations mettent en évidence une logistique sophistiquée, reposant notamment sur des flottes de véhicules et des moyens maritimes — incluant des embarcations rapides — pour assurer le franchissement du détroit.
Le Tarajal, un point névralgique sous pression
Au centre de cette architecture clandestine, le polygone d’El Tarajal apparaît comme un maillon stratégique. Sa proximité immédiate avec la clôture frontalière en fait un espace propice à l’installation de dispositifs discrets, capables de contourner les contrôles officiels.
Ce site avait déjà été au cœur de précédentes investigations liées à des infrastructures souterraines. La nouvelle découverte ravive les inquiétudes quant à l’existence de réseaux parallèles opérant sous le seuil de détection des dispositifs de surveillance classiques.
L’opération a également conduit à l’arrestation de deux membres des forces de sécurité espagnoles, dont un agent en poste à la ville occupée, soupçonnés d’implication dans le réseau. Un élément qui souligne la capacité de ces organisations à infiltrer ou à corrompre certains maillons institutionnels.
Par ailleurs, les enquêteurs évoquent le rôle d’un narcotrafiquant basé à La Línea de la Concepción, identifié comme un acteur clé dans la coordination des flux entre les deux rives du détroit.


