Un influent membre du Congrès remet en question l’appartenance espagnole de Ceuta et Melilla et relance le débat.
Les déclarations de Mario Díaz-Balart, membre du Congrès américain et président de la sous-commission de la sécurité nationale et du département d’État, ont déclenché une importante polémique diplomatique. Il a remis en cause le statut de souveraineté des villes de Ceuta et Melilla, affirmant qu’elles font « partie du territoire marocain » et non de la sphère d’influence espagnole. Ces déclarations prennent un poids particulier compte tenu de la position institutionnelle de Díaz-Balart au sein des cercles décisionnels financiers et politiques de Washington, ainsi que de sa relation étroite avec le secrétaire d’État Marco Rubio. Cela confère à ses propos une dimension qui dépasse les considérations personnelles, suggérant une influence potentielle au sein de certains centres du pouvoir américain. Ces prises de position interviennent à un moment délicat de la conjoncture internationale, marqué par des divergences croissantes entre Washington et Madrid, notamment suite à la décision du gouvernement espagnol, sous la direction du Premier ministre Pedro Sánchez, de refuser le survol de son espace aérien aux avions militaires impliqués dans les opérations américano-israéliennes. Cette décision a ouvert la voie à des tensions latentes dans les relations bilatérales. Dans ce contexte, Díaz-Balart a ouvertement critiqué la politique étrangère de Madrid, arguant qu’elle est incompatible avec les priorités américaines sur des questions sensibles, notamment l’Iran, le Venezuela et Cuba. Il a également laissé entendre que Washington pourrait rechercher des alternatives stratégiques dans la région, ce que les observateurs interprètent comme une possible augmentation de la présence militaire américaine au Maroc.

Ces déclarations font écho aux positions prises précédemment par plusieurs analystes proches des institutions décisionnelles américaines, dont Michael Rubin, qui a plaidé dans des articles publiés pour que Ceuta et Melilla soient requalifiées de « territoires occupés ». Il fonde son argumentation sur des bases juridiques, en particulier le fait que les deux villes ne sont pas automatiquement couvertes par les obligations de défense collective de l’OTAN en vertu de l’article 6 du Traité de Washington. À l’inverse, l’Espagne maintient sa position traditionnelle, considérant Ceuta et Melilla comme faisant partie intégrante de sa souveraineté nationale. Cette position est affirmée par diverses factions politiques à Madrid, au sein du gouvernement comme de l’opposition, comme une ligne rouge non négociable. Le Maroc, quant à lui, continue de défendre sa position historique de considérer Ceuta et Melilla comme des villes occupées, tout en maintenant une coopération étroite avec l’Espagne, notamment depuis que Madrid a annoncé son soutien au projet d’autonomie en 2022, dans le cadre d’un partenariat englobant des enjeux stratégiques tels que les migrations, la sécurité et la lutte contre le terrorisme. Entre ces deux positions, les déclarations de Díaz-Balart ouvrent un nouveau débat sur la place de ces villes dans les calculs géopolitiques régionaux, compte tenu notamment des transformations rapides qui s’opèrent dans la région. Ces transformations pourraient inciter certains acteurs internationaux à réorienter leurs stratégies en fonction d’intérêts stratégiques plutôt que de principes traditionnels.


