Censées démarrer le plus tôt possible, les négociations autour du plan d’autonomie n’ont pas encore commencé, au moment où l’Algérie reste enfermée dans son déni de réalité.
Les mauvaises nouvelles se succèdent pour l’Algérie qui voit, impuissante, son cercle d’alliés plus que jamais amenuisé. Capturé et humilié par les Etats-Unis, le dictateur vénézuélien, Nicolas Maduro, a fini emprisonné et déféré devant un juge de New York.
Avec la chute du régime chaviste, Alger perd son plus grand allié en Amérique Latine, qui défendait corps et âme le Polisario. Curieusement, la diplomatie algérienne se mure dans un silence assourdissant. Pas le moindre communiqué, ni aucune réaction officielle, au moment où les réactions internationales s’enchaînent. Ce qui en dit long sur la trouille dont est saisi le régime militaire qui, semble-t-il, se garde de critiquer l’Administration Trump. Sidérant de la part d’un pays qui se dit le chantre de l’anti-impérialisme !
Quoiqu’il en soit, le silence algérien est tout sauf irrationnel ! Alger veille à garder de bonnes relations avec l’Administration américaine qu’il ne cesse d’amadouer depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche malgré le soutien indéfectible du Républicain à la marocanité du Sahara.
Alger fait profil bas !
Les cadeaux n’auront servi à rien finalement. Alger a eu beau avoir offert son sous-sol aux explorateurs américains, notamment Exxon Mobile, et signé un accord militaire, Washington n’en a cure. Alger est toujours le cadet de ses soucis. Preuve en est le vote de la Résolution 2797 du Conseil de Sécurité sous la houlette des Américains. Le texte qui tranche 50 ans de lutte pour le Sahara en faveur du Maroc. Pourtant, l’Algérie n’ose pas s’opposer aux Etats-Unis dont elle espère encore un peu de mansuétude, au moment où les négociations définitives autour du plan du conflit s’annoncent.
Jusqu’à présent, le pouvoir algérien reste encore dans le déni de réalité même s’il comprend bien qu’il n’a plus aucune carte à jouer pour sauver la tête du Polisario. Mardi dernier, devant les deux Chambres du Parlement qu’il s’est mis à haranguer pendant environ deux heures, le président Abdelmajid Tebboune s’est efforcé de parler brièvement du Sahara.
Il s’est contenté d’un soutien timide au Polisario. Le référendum que l’ONU a définitivement enterré continue de hanter les esprits à Alger comme si le régime en a aujourd’hui la nostalgie. “Nous demandons à respecter les peuples, il y a un peuple sur cette terre, consultez-le”, a lâché le président sous un tonnerre d’applaudissements. Pourtant, il a répété que « l’Algérie n’est pas plus sahraouie que les Sahraouis eux-mêmes ». Une phrase qui revient de plus en plus souvent dans la bouche des officiels algériens, dont l’ambassadeur à Washington, Sabri Boukadoum, qui a déclaré il n’y a pas si longtemps que son pays ne prétend pas parler au nom du front séparatiste.
Quoiqu’il en soit, Alger peine encore à digérer le revers qu’elle a subi au Conseil de Sécurité, fin octobre dernier, où il avait été lâché par ses alliés les plus proches, notamment la Russie et la Chine qui ont préféré s’abstenir de voter la Résolution rédigée par les Etats-Unis.
Alors que l’Algérie, semble-t-il, refuse encore de prendre part aux négociations auxquelles elle est sommée de participer, comme l’ensemble des parties prenantes, le temps s’écoule. Le Conseil de Sécurité exige un compte rendu dans les six mois suivants d’ici avril prochain, sachant qu’il faut arriver à une solution avant le 31 octobre 2026.
Les préparatifs interminables de Staffan de Mistura !
Les discussions n’ont pas encore commencé. L’envoyé personnel du Secrétaire Général des Nations Unies pour le Sahara, Staffan de Mistura, n’est pas encore parvenu à rassembler les parties concernées. Jusqu’à présent, l’heure est au recueil des suggestions. Le diplomate a fixé une méthodologie de travail. La première phase consiste, comme il l’avait fait savoir au lendemain du vote de la Résolution 2797, à rassembler les suggestions des uns et des autres avant d’engager des discussions qui pourraient être indirectes si nécessaire. Mais l’essentiel, c’est que le plan d’autonomie reste le cadre de la négociation. Pour l’instant, le Maroc continue de préparer le texte sur la base d’une consultation de toutes les forces vives de la Nation, notamment les partis politiques, qui ont d’ores et déjà soumis leurs mémorandums.
Maintenant, reste à savoir si l’Algérie et le Polisario se résignent à négocier selon les termes fixés par le Conseil de Sécurité. Qu’est-ce qui pourra advenir s’il n y a pas d’avancée d’ici avril ? “À défaut de progrès, il y aurait forcément des pressions, notamment de la part des Etats-Unis et des partenaires occidentaux, pour accélérer la cadence afin d’arriver à une solution avant octobre prochain”, répond Mohammed Badine El Yattioui, Professeur d’Etudes Stratégiques au Collège de Défense (NDC) des Emirats Arabes Unis à Abou Dhabi. “La concrétisation du plan d’autonomie est le seul enjeu dans ce dossier. Tous les moyens devraient être déployés pour y parvenir, quitte à recourir à une forte pression diplomatique”, ajoute l’expert, qui estime que l’Algérie tente de gagner le maximum de temps possible en laissant planer le doute sur sa participation aux discussions. Selon notre interlocuteur, Alger n’a pas intérêt à négocier car cela revient à reconnaître sa défaite, ce qu’il ne peut pas se permettre devant son opinion interne qu’elle accable de propagande à longueur de journée. C’est là que Staffan de Mistura est attendu. Son succès dépend de sa capacité à relancer la négociation comme ce fut le cas pour les tables rondes entre 2018 et 2019.
Pour sa part, le Polisario reste subordonné à son maître. Le front n’a d’autre choix que de se fondre dans la souveraineté marocaine, sachant que la black-liste américaine plane sur lui comme une épée de Damoclès. Il suffit que la proposition de loi déposée par le Républicain Joe Wilson et son camarade Jimmy Panetta passe au Congrès pour qu’il soit déclaré organisation terroriste. Entre-temps, le Maroc s’apprête à négocier en position de force, sachant que la nouvelle configuration du Conseil de Sécurité lui est visiblement favorable.


