Selon Stéphane GAUDIN du site Thétrum Belli, la coopération franco-marocaine en défense franchit un cap décisif. Après la création d’un comité d’armement bilatéral et le déploiement d’une offre stratégique française au Maroc, l’heure est venue de passer des intentions aux infrastructures. Un centre d’essais de tirs commun, implanté dans le Sahara marocain, s’imposerait comme le projet le plus ambitieux pour concrétiser cette alliance industrielle.
Depuis plusieurs années, Paris et Rabat multiplient les signaux d’un rapprochement défense inédit. La création d’un comité d’armement franco-marocain, impliquant la Direction générale de l’armement (DGA) aux côtés d’acteurs marocains comme l’UM6P et Maghreb Steel, a posé un cadre institutionnel solide. Les ambitions sont claires : structurer une Base industrielle et technologique de défense (BITD) marocaine, organiser des transferts de technologie, et positionner la France comme partenaire stratégique de référence dans un marché où la concurrence — américaine, israélienne, turque, italienne — est de plus en plus agressive.
Une coopération industrielle de défense se construit sur des projets concrets, des outils communs, des expériences techniques vécues ensemble. C’est précisément ce qui manque encore au dispositif franco-marocain : un site d’essais et de qualification des systèmes d’armes au profit de la filière munitions, capable d’accompagner un large spectre de programmes. Le Sahara marocain offre ce cadre. Il serait très opportun de le saisir.
Les limites des polygones européens
Pour comprendre l’opportunité, il faut d’abord mesurer la contrainte. En Europe, les centres d’essais de tirs souffrent d’un paradoxe croissant : à mesure que les besoins en qualification de munitions augmentent — sous l’effet de la remontée en puissance des armées et de la relance des programmes d’armement terrestre —, les capacités disponibles se réduisent.
Les causes sont bien identifiées. La pression écologique et les directives Natura 2000 réduisent les plages d’utilisation des polygones militaires. Les riverains s’opposent à l’extension ou à l’intensification des activités de tirs. Les restrictions saisonnières — interdictions de tirs en période de sécheresse ou de forte chaleur (risques d’incendies qui se sont déjà produits) — paralysent des semaines entières de programme. Les fenêtres météorologiques contraignent les essais balistiques, où un vent excessif invalide les mesures. Des grands centres spécialisés comme le Bofors Test Center suédois, ou l’Alkantpan Test Range sud-africain sont coûteux.
Pour la filière française des munitions — mortiers de 81 et 120 mm, canons de 105 et 155 mm, roquettes, munitions rôdeuses, systèmes de drones armés —, cette raréfaction des sites constitue un frein opérationnel et commercial réel. Les retards dans les campagnes d’essais se traduisent en retards de livraison, en surcoûts de programmes, en pertes potentielles de contrats à l’export.


